Audrey

Diagnostiquée en 2017

Audrey a 37 ans et vit près de Limoges avec sa mère. Cette dernière est atteinte d’un cancer de l’ovaire depuis 2015 et est porteuse de la mutation du gène BRCA. Après vérification, Audrey a constaté qu’elle était également porteuse de cette mutation. Elle a décidé de subir prochainement une ablation des seins et des ovaires, afin d’éviter au maximum de développer l’un des deux cancers, voire les deux.

Diagnostic d’Audrey

Quand ma maman a su qu’elle était porteuse de la mutation du gène BRCA, je ne me suis pas posé 36 000 questions. J’avais déjà pris la décision de faire moi-même ce test pour voir si moi aussi j’étais porteuse de cette mutation. Le fait d’être porteur de cette mutation multiplie les risques de développer un cancer des seins et/ou des ovaires.

J’avais progressé dans ma tête en me disant que si je faisais ce test, ce n’était pas pour en rester à une imagerie par an pour voir si oui ou non je développais quelque chose. A la date d’aujourd’hui, en Octobre 2018, les médecins n’ont qu’un seul choix à nous proposer, soit une imagerie chaque année comme surveillance, ou alors une ablation des seins et des ovaires. C’est un choix qui est personnel. Moi j'ai effectivement fait le choix d’aller jusqu’au bout des choses, pour éviter au maximum de développer un jour l’un des deux cancers, voire les deux. Peut-être que je fais ce choix-là et malheureusement je développerai quand même un des deux cancers. Néanmois, mon but est de diminuer le risque au maximum.

Au début quand j’ai appris que c’était un cancer génétique, je n’ai pas trop réagi parce qu’en fait je ne comprenais pas réellement ce que c’était. Surtout que les oncologues étaient plutôt optimistes de se dire « si c’est un cancer génétique, on aura peut-être plus de moyens de savoir comment le contrer puisqu’on connaissait l’origine de ce cancer-là ».

FAMILLE & AMIS

Je n’ai pas forcément été surprise que ma mère soit porteuse du gène. Bizarrement j’arrive un peu à sentir les choses en amont, surtout les mauvaises choses. Il y a 9 ans, j’ai traversé une maladie qui est un lymphome hodgkinien et avant qu’on me le diagnostique, je savais que j’avais quelque chose qui n’était pas normal à ce moment-là. Donc le fait qu’elle soit porteuse de cette mutation, ça ne m’a pas surprise. Et le fait que je sois moi aussi porteuse du gène, ça ne m’a pas surprise. Je savais au fond de moi qu’elle m’avait transmis ça. Le fait qu’on soit très fusionnel fait aussi que je ressens beaucoup de choses par rapport à ce qu’elle peut ressentir ou me transmettre. En tout cas c’est comme ça, je ne l’explique pas.

GESTION DE LA MALADIE

Je souhaite vraiment diminuer le risque au maximum de développer l’un des deux cancers, voire les deux. En fait, je n'ai pas le choix. Soit je cours le risque de subir ce que ma mère subi, ou alors je diminue le risque au maximum et je me fais opérer. Je ne le fais pas par gaîté de coeur d’aller me faire enlever les deux seins. C’est une chance, on va m’enlever mes seins qui sont sains, j’aurai une reconstruction de suite donc je vais me réveiller avec des prothèses mammaires. En sachant en plus que c’est un petit peu invasif la première intervention.

Les ovaires ça sera autre chose. Ça a plus un impact par rapport à la vie familiale, à la vie personnelle, sur la question d’avoir des enfants. Je n’en ai pas. C’est vrai qu’en général on attend plus l’âge de 40 ans environ pour être sûre de sa décision.

SANTÉ & ALIMENTATION

Dans la vie de tous les jours, au quotidien, il n’y a rien de sensationnel qui a changé. Je vis tout à fait normalement. La seule chose que ça implique, c’est des rendez-vous médicaux auxquels on n’a pas forcément recours en temps normal.

Les opérations ne vont pas changer grand chose je crois. L’impact sera surtout psychologique je crois. Après je ne le connais pas encore. Je le saurai bien assez tôt. Je suis déjà accompagnée mais pour d’autres soucis. Sur le CHU de Limoges, on peut être accompagné(e) aussi d’un point de vue psychologique.

VIE PROFESSIONNELLE & FINANCES

J’ai fait le choix de ne pas me faire opérer dans la ville où j’habite. C’est simplement que je vais là où c’est le plus adapté à mon cas. C’est à 250 km de chez moi, donc ça va impliquer des choses sur l’année 2019 car l’opération des seins au moins va avoir lieu sur l’année 2019.

Donc là, il va y avoir un impact, c’est-à-dire que ça va être un arrêt de travail d’un mois et demi au minimum. Mais vis-à-vis des collègues, quand on s’absente pendant un laps de temps, vous êtes bien obligée d’expliquer le pourquoi du comment. J’ai de la chance de ce côté-là parce que j’arrive à en parler assez librement, sans complexe, puisque j’estime que je n’ai pas à me justifier de quoi que ce soit. C’est juste pour expliquer les choses.

ET DEMAIN ?

Dans l’avenir, j’espère qu’on aura fait des progrès d’un point de vue traitement, que ce soit après mais aussi avant. C’est-à-dire si on pouvait trouver quelque chose pour éviter aux femmes de devoir passer par une chirurgie, ce serait quelque chose d’exceptionnel. Et si on pouvait, comme pour tous les autres cancers, trouver moyen d’enrayer la maladie, c’est tout ce qu’on espère. Dans quelques années, j’espère pouvoir dire : « ma mère est toujours à mes côtés. Elle est en pleine forme, elle peut avoir une retraite tranquille, sans traitement ou, s’il y a traitement, beaucoup moins agressif que ce qu’elle a déjà eu ».

Après voilà, on vit au jour le jour. Honnêtement, moi je ne me pose pas la question de savoir ce que je vais faire la semaine prochaine. Ça peut paraître un peu bizarre mais ça fait trois ans que ma mère est malade et ça fait trois ans qu’on fait au jour le jour. On est obligées.

J’espère que d’ici ne serait-ce que quelques mois ou quelques années, on puisse trouver quelque chose qui puisse enrayer la maladie, qui puisse enrayer ce gène mutant, pour éviter les récidives à répétition. Et que moi, mes interventions, je ne les aurais entre guillemets pas faîtes pour rien non plus.

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