Charlotte

Diagnostiquée en 2013

Charlotte a 31 ans. Diagnostiquée d’un cancer de l’ovaire à 27 ans repéré suite à une occlusion intestinale, elle a traversé de nombreuses épreuves avant de commencer le plus beau projet professionnel de sa vie : une start-up sociale et solidaire, pour accompagner les combattants du cancer en douceur. Rencontre avec une entrepreneuse pleine de vie.

LE DIAGNOSTIC DE CHARLOTTE

On a découvert mon cancer le 1er avril 2013. Ça faisait deux ans que j’avais mal au ventre. Ça a d’abord commencé par le bas ventre. J’ai ensuite eu des douleurs qui ont migré vers tout l’intestin. Pendant deux ans, un gynécologue et un gastroentérologue m’ont suivie. Ils me prescrivaient différents antalgiques et me disaient que j’avais mal au ventre parce que j’étais une jeune femme angoissée. Mes maux de ventre se sont accentués de plus en plus jusqu’à quatre mois avant la découverte de mon cancer. J’avais visiblement beaucoup d’ascite dans le ventre, et le cancer, qu’on ne m’avait pas encore diagnostiqué, commençait vraiment à être très invasif.

Le 1er avril 2013, j’ai fait une occlusion intestinale et je suis allée aux urgences. C’est en m’opérant que le médecin a découvert que j’avais un cancer à un stade avancé, avec des nodules un peu partout dans le péritoine (des projections jusqu’à la rate). On ne connaissait ni le grade ni le stade à ce moment-là. J’attendais les résultats des prélèvements…

15 jours plus tard, le verdict est tombé : j’avais un cancer stade 3C de bas grade.

J’ai été transférée dans un nouvel hôpital à Pompidou à Paris, où un chirurgien gynécologue m'a prise en charge. Je n’avais pas compris que c’était d’origine gynécologique. C’est à ce moment-là que l’on m’a dit que les ovaires étaient à l’origine.

FAMILLE & AMIS

Mes proches au départ ont eu beaucoup de mal à accepter l'inacceptable, ils me disaient « Ça NE peut pas être ça, tu es trop jeune », jusqu’à ce qu’on ait les résultats de l'analyse anatomo-pathologique. Quand je suis arrivée dans le service de gynéco, ça a été très très difficile parce que je ne savais pas que l’origine était ovarienne et que cela impliquait d’autres problématiques dont l’infertilité.

Ça a vraiment été le choc pour moi. J’avais accepté l’idée d’avoir un cancer, en revanche qu’il soit d’origine gynécologique, c’était très dur. J’ai dû faire face à l’infertilité à 27 ans. Mon mec a très bien réagi, il était génial car il a été mon pilier pendant tout mon combat. Il m’a dit « C’est la merde, on va composer avec tout ce qui se passe et on va faire confiance aux médecins ». Et d’ailleurs, mon médecin à Pompidou était très bien, on avait toute confiance en lui. Pour mes parents, ça a été beaucoup plus dur, car au même moment, ma mère se battait contre un cancer du sein. Ça faisait beaucoup dans notre famille… Néanmoins, ils ont été très présents. Ma mère avait hâte que son traitement se termine pour s’occuper de moi. En fait, elle a un peu nié son propre traitement car elle voyait ce qu’il se passait autour d’elle et voulait s’occuper de moi. Ça lui a permis de mieux traverser l’après-cancer, car elle était dans le combat à mes côtés. Pour un parent, voir son enfant malade c’est inimaginable.

Mes potes ont été top car j’étais d’humeur très positive, j’essayais d’avoir une vie normale. Je parlais très naturellement du cancer avec mes amis, et comme ils ont le même âge que moi, on parlait très naturellement de tout ça.

GESTION DE LA MALADIE

J’ai dû me faire à l’idée du mot cancer. Le médecin qui avait opéré mon occlusion essayait de me préparer psychologiquement tous les jours pendant mon hospitalisation. Il n’affirmait pas que c’était un cancer, car on n’avait pas encore les résultats, en revanche il me disait que c’était peut-être ça.

SANTÉ & ALIMENTATION

J’ai tout fait pour garder mes cheveux, je mettais de l’eau glaciale sur la tête et un casque de glace 15 minutes avant qu’on m’injecte la chimio pour être sûre que ma tête était bien froide. Et je n’ai pas perdu mes cheveux !

C’était une bataille importante pour moi, j’ai perdu près de 15 kilos. J’ai beaucoup pris soin de moi pour que mes amis me voient comme avant. Je me suis forcée à continuer à avoir une vie normale, j’allais en boîte après certaines chimios !

J’ai fait toutes les médecines complémentaires à côté avec l’accord de mon oncologue : l’acupuncture, l’auriculothérapie, j’avais un homéopathe, tout ça pour booster mes défenses immunitaires et palier certains effets secondaires.

Aujourd’hui j’ai encore une alimentation très contrôlée : je mange beaucoup de protéines, peu de légumes, car c’est dur à digérer pour moi. Je ne peux pas trop manger gras non plus à cause des dommages collatéraux des chimio et de la stomie, et j’ai encore des adhérences dans l’intestin avec certains aliments qui passent plus difficilement.

VIE PROFESSIONNELLE & FINANCES

J’ai eu beaucoup de chance professionnellement car la boîte que je devais intégrer juste avant mon cancer m’a attendue. Ils m’ont dit : « On sera là quoiqu’il arrive, on ne sait pas combien de temps va durer ton truc, mais on t’attendra jusqu’à ce que tu ailles mieux ». Je me sens chanceuse d’avoir eu un projet pour la suite.

ET DEMAIN ?

Je suis start-upeuse, j’ai une entreprise sociale et solidaire pour accompagner les patients. Je propose des box beautés avec des thématiques ciblées, notamment pour prendre soin de soi et préparer en « beauté » les séances de chimiothérapie.

Pour lancer ça, j’ai touché les droits de Pôle Emploi, puis j’ai lancé une campagne participative sur Internet pour financer mon projet. Le problème c’est que les anciens cancéreux en France ont un « droit à l’oubli », donc il faut trouver des solutions annexes pour me financer.

Mon entreprise s’appelle « Mister K Fighting Kit », ça veut dire « le kit pour se battre contre le cancer ». On y trouve des accessoires pour les cheveux, un kit pour apprendre à se dessiner les sourcils. Bref, plein de petits accessoires qui rendent la vie bien plus belle lorsqu’on est malade !

Je me suis rendue compte au cours de ma maladie à quel point la mode et la beauté étaient loin d’être futiles, surtout quand ce sont ces outils qui nous rattachent à la vie. J’ai aussi une ligne de vêtements et des accessoires, dont une partie des bénéfices est reversée à la recherche contre le cancer tous les mois à Gustave Roussy, avec des mantras comme « Together Stronger » (Plus forts ensemble), ou encore « Never Give Up » (Ne jamais rien lâcher), et d’autres messages pour mes frères et sœurs de combat. On n’est pas courageux quand on se bat contre la maladie. Si on veut vivre on n’a pas le choix, c’est tout.

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