Laura

Diagnostiquée en 2016

Laura a 27 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer de l’ovaire stade III B. Une annonce se fait peu de temps après le décès de son père survenu à cause d’un cancer du foie. Aujourd’hui elle arrive à la fin de ses quinze mois de traitement d’entretien et peut espérer voir l’avenir plus sereinement. Pour elle, pour ses proches et pour son père, elle continuera toujours à se battre sans relâche contre la maladie.

Le diagnostic de Laura

J’ai commencé par ressentir des douleurs très fortes au niveau du ventre. Si fortes que lorsque je passais un ralentisseur en voiture, j’étais pliée en deux ! Mon médecin traitant a d’abord cru que c’était des constipations, du stress ou de la fatigue. Au bout du troisième rendez-vous, il a fini par me prescrire un scanner. On y a décelé du liquide donc le radiologue m’a directement envoyée aux urgences gynécologiques. J’y suis restée pendant deux semaines, durant lesquelles ils m’ont cherché toutes sortes de maladies car ils ne savaient pas ce que cela pouvait être. Après plusieurs échographies, ils ont fini par voir un kyste puis une tumeur. Là ils ont décidé de faire une coelioscopie, en entrant une caméra dans le ventre et ont découvert plusieurs « bouts » de cancer disséminés. J’ai alors été envoyée directement au centre de cancérologie où j’ai fini par avoir le diagnostic. Je ne m’y attendais franchement pas, j’avais 27 ans donc forcément c’était un peu un choc. Je ressortais d’une histoire de cancer avec mon père qui s’était très mal finie en 2015. Tout de suite j’ai dit au médecin « c’est pas grave, je vais me battre je vais y arriver. C’était sûr, il n’y avait pas d’autre solution en fait : ma famille ils ne peuvent pas supporter encore une mauvaise nouvelle !

Pendant l’attente, je ne me suis jamais dit que cela pouvait être un cancer parce qu’on n’en parle pas du cancer chez les jeunes. Et c’est un vrai problème…

FAMILLE & AMIS

Ma meilleure amie a été d’un soutien infaillible. Dès que j’ai eu le diagnostic, elle est venue avec moi m’acheter une perruque, elle s’est mise à coudre pour faire des turbans. Elle s’est vraiment investie comme elle pouvait parce que c’était sa manière à elle de montrer son soutien. Après, il y a certains amis qui passent sous silence radio littéralement… Mais sur internet, j’ai rencontré une communauté formidable de jeunes atteints du cancer et je me suis fait vraiment des amis. C’est une écoute qui est inégalable parce qu’on se comprend à 100% et c’est quelque chose que je ne retrouve qu’avec eux. Pour la famille proche j’ai eu un soutien incroyable avec surtout ma mère et mon frère. D’autres ont été moins présents. Quelque part, j’ai pu voir sur qui je pouvais compter.

GESTION DE LA MALADIE

J’ai d’abord fait quatre cures de chimiothérapie. Puis une opération pour retirer les ovaires, l’utérus et même des choses qui n’étaient pas atteintes mais auxquelles le cancer pouvait s’accrocher. Ensuite j’ai eu à nouveau trois cures. Puis des traitements d’entretien. La dernière est fin avril 2018 donc j’arrive à la fin des traitements.

En fait pendant les traitements lourds, on n’a pas le choix, On est dans la combativité. Ensuite, quand on est dans des traitements plus légers, on va mieux physiquement mais c’est là qu’on a des répercussions psychologiques. 90% du temps je vais bien maintenant mais il y a toujours des moments de creux.

Il y a sinon beaucoup de répercussions physiques. Quand on vous enlève la possibilité à 27 ans d’avoir des enfants, forcément c’est compliqué à gérer, compliqué à vivre. Il y a aussi les cicatrices, les vomissements et bien sûr la chimiothérapie avec des effets indésirables. La perte des cheveux est très traumatisante. Plus que la perte de mes cheveux, cela a été la perte de mes sourcils et de mes cils. C’est compliqué à vivre, on ne se reconnaît plus dans le miroir. Mais j’ai voulu prendre le devant sur la maladie en les coupant avant qu’ils ne tombent. A vrai dire, c’est mon frère qui est venu et qui m’a rasé la tête. Et on en a rigolé d’ailleurs ! On a fait d’un mauvais moment un très bon moment finalement parce qu’il m’a rasé la tête uniquement sur les côtés et j’avais une énorme crête qui était ridicule. On a pris des photos et on a fait passer ça sous le coup de l’humour comme on fait toujours dans cette famille finalement… c’est ça qui aide beaucoup.

SANTE & ALIMENTATION

La santé mentale, c’est important. Toutes ces choses qui vous permettent d’être bien, de réduire le stress, d’augmenter la positivité. Ce sont des choses qui influent sur notre corps. Il faut cultiver le bien-être à tous points de vue. Ça peut être aller se faire masser, aller au spa, faire du shopping avec ses ami(e)s, lire un livre, etc. Dans les centres de cancérologie, il y a aussi beaucoup d’initiatives mais on n’est pas forcément au courant donc il faut se renseigner.

J’adore manger et je trouve toujours que manger c’est la vie. Quand on ne peut plus manger c’est très compliqué, on perd très rapidement du poids. J’ai eu beaucoup de problèmes au niveau de l’alimentation et j’ai dû consulter une diététicienne, prendre des compléments alimentaires à force de ne pas pouvoir manger. Et on perd vraiment toute énergie quand on ne mange pas !

Je n’arrive pas vraiment à faire du sport comme j’aurais pu en faire avant car toute mon énergie est prise par mon travail. Je fais du yoga dès que possible car ça aide pour tout ce qui est douleurs articulaires qu’on a avec la chimiothérapie. Ne serait-ce que prendre l’air, ça me faisait beaucoup de bien aussi. Marcher permet de maintenir la masse musculaire.

VIE PROFESSIONNELLE & FINANCES

Je travaille dans un pays où la loi est particulière. Pour ne pas perdre mon emploi, j’ai dû reprendre assez rapidement. En même temps, mon entreprise est très compréhensive et m’a permise d’adapter mes horaires de travail comme je le souhaitais. J’ai demandé un avenant à mon contrat pour travailler 30 heures au lieu de 40 et je peux m’organiser comme je le souhaite quand j’ai des rendez-vous de santé. Ensuite j’ai appris à écouter les limites de mon corps et à les respecter dans mon travail. Je sais que si je pousse trop loin, le lendemain je le paye par des migraines ou autre chose.

ET DEMAIN ?

Il faut accepter le diagnostic mais pas forcément le pronostic.

Un jour mon père m’avait dit quelque chose qui m’a beaucoup frappée. J’appuyais pour appeler l’ascenseur. Et il m’a dit : « tu sais Laura, ne prends pas l’ascenseur si tu arrives à monter les escaliers. Parce qu’il arrivera un jour où tu ne pourras pas et ta seule envie sera de les monter ». Ça m’a vraiment touchée et encore aujourd’hui ça me donne les larmes aux yeux. En tout cas, cela m’a vraiment appris à être forte. Lui il n’a pas eu la chance de se battre contre son cancer car la maladie était trop avancée. Moi j’ai eu cette chance. On m’a donné la chance de me battre et c’est une opportunité que j’ai voulu saisir. Je ne peux pas baisser les bras par rapport à mon père et par rapport à ma famille surtout. Il n’y a pas d’option, l’objectif c’est de se battre.

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