Jacques

Mari de Liz, diagnostiquée en 2015

Après vingt-cinq ans de vie de couple, Jacques fait face au cancer du poumon de Liz, sa femme et l’accompagne dans son combat contre la maladie. Ils sont dans la première année de guérison du cancer. Jacques nous livre son témoignage.

SA RéACTION AU DIAGNOSTIC DE SA FEMME, LIZ

Lorsque j’ai entendu ces mots : « cancer du poumon », je crois que c’est la plus grosse claque que j’ai prise ! J’ai observé impuissant, les yeux de ma femme rougir, et ses jambes la lâcher en sortant du bureau…

On s’est alors dit : « il faut qu’on fasse partie du pourcentage des guérissables ». Mais ce qui est terrible, c’est quand vous rentrez chez vous avec cette nouvelle et qu’il y a les enfants. On se demande alors : « Que fait-on ? », « Comment leur annonce-t-on ? »

COMMENT AVEZ-VOUS VéCU L’ANNONCE DE LA MALADIE ?

J’ai eu peur. Je savais ce qu’elle allait vivre, car j’avais en parallèle mon papa qui était très affaibli par le cancer du poumon. J’ai tout de suite pensé au travail, en me demandant comment j’allais pouvoir l’accompagner dans cette épreuve et m’occuper de la logistique de la maison. C’était ma priorité : trouver une solution pour être disponible pour elle tout le temps. Ça m’a permis de moins me focaliser sur cette lourde annonce et de m’occuper l’esprit : suivre les enfants, faire à manger, faire les courses, etc.

S’ORGANISER A-T-IL PRIS DU TEMPS ?

L’organisation était simple : la priorité, c’était les rendez-vous et les examens de Liz. On savait, dès l’annonce de son cancer du poumon, quand étaient prévues l’opération et la chimiothérapie. Tout s’est donc passé vite. Je suis très actif et je n’aime pas rester assis à ne rien faire. La priorité a été de convenir avec ma DRH d’une durée de congés afin que je puisse accompagner au mieux ma femme. Ils ont été très compréhensifs. Le reste a suivi naturellement.

AU QUOTIDIEN QU’EST-CE QUI EST LE PLUS DUR ?

C’est d’avoir l’impression d’être inutile ! On essaye tout… et sur le moment rien ne fonctionne : elle continue de s’affaiblir, il y a une chute des globules blancs, elle ne se lève pas du lit … Sur le moment, vous ne voyez pas les bienfaits de votre présence. Alors qu’à la fin elle vous dit : « heureusement que tu étais là ».

Y-A-T-IL DES PéRIODES OU L’ESPOIR EST éBRANLé ?

J’ai toujours gardé espoir. Pour nous, il n’y avait aucune autre possibilité.

En revanche on se prend des claques, en même temps que s’ajoute la découverte de nouveaux éléments : l’opération, le choc du nouveau corps, la convalescence difficile, la chimiothérapie… À la fin de la chimio, vous vous dites « enfin c’est fini, enfin je vais pouvoir la récupérer, la voir reprendre du poil de la bête », et là c’est encore une nouvelle claque : la radiothérapie. On attend avec impatience l’arrivée de la guérison.

COMMENT AVEZ-VOUS GéRé LE FAIT D’êTRE LE PILIER DE LA FAMILLE ?

Je pense qu’il faut vraiment en parler à quelqu’un. Je suis allé voir mon généraliste, car je ne savais pas ce que j’avais : j’étais triste. Je ne voulais pas le montrer à Liz, ni aux enfants. Je suis donc allé voir un psychologue sur les conseils de mon médecin.

DIRIEZ-VOUS QUE VOUS AVEZ REDéCOUVERT VOTRE FEMME ?

Vingt-cinq ans que je suis avec Liz et je n’imaginais pas la force qu’avait ma femme. Je pense que je n’aurai pas réussi à supporter le quart de ce qu’elle a enduré ! C’est une femme en or.

La maladie l’a aussi changée. Par exemple, avant, elle était très diplomate, très patiente… là maintenant, si elle a envie de dire « merde ! » elle le dit ! Elle s’affirme un peu plus. Comme elle le dit si bien : « je démarre ma deuxième vie, je n’ai plus envie de me prendre la tête avec quoique ce soit ! » Je me dis que ce n’est pas plus mal qu’elle soit comme ça, au contraire !

ET VOUS, CELA VOUS A CHANGé AUSSI ?

Une chose commune a changé pour nous deux : on n’a plus envie de se prendre la tête ! On veut faire ce que l’on veut, et non ce qu’on nous impose. C’est pourquoi on part sur la création d’entreprise : moi dans l’ouverture d’une épicerie, et elle, dans des cours d’anglais. « No stress » !

QUEL CONSEIL POURRIEZ-VOUS DONNER à UN CONJOINT QUI ACCOMPAGNE SA FEMME MALADE ?

Gardez espoir ! On a tous une part de chance.

Être dans une optique positive : ça fait du bien à tout le monde et ça aide à la guérison.

Accompagner la personne si possible 24/24, être là, ça fait la différence.